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L'élection de Patrice Talon à la présidence du Sénat béninois, jeudi 6 août 2026, suscite des réactions contrastées. Si plusieurs citoyens saluent l'expérience de l'ancien chef de l'État et voient en lui un profil capable de conduire la nouvelle institution, d'autres s'interrogent sur la portée de cette son élection au regard de l'alternance politique.
Le Sénat béninois est désormais installé. Composée de 25 membres, cette haute chambre du Parlement fait son entrée dans l'architecture institutionnelle du Bénin avec notamment pour missions de contribuer à la régulation de la vie politique et au renforcement de l'unité nationale.
Au lendemain de sa mise en place et de l'élection de son bureau, les regards se tournent désormais vers son rôle et l'impact qu'il pourrait avoir sur la vie publique. À la tête de cette nouvelle institution, l'ancien président de la République Patrice Talon a recueilli 24 voix sur les 25 membres que compte le Sénat. Une élection qui est diversement appréciée au sein de l'opinion.
« Il a beaucoup fait et les Béninois voudraient le voir encore »
Certains citoyens estiment que le choix de l'ancien chef de l'État repose sur son expérience et sa connaissance des rouages de l'Etat. Pour Apollinaire Hounou, commerçant, la « brillante » élection de Patrice Talon résulte notamment du leadership qu'il incarne. Fort des réformes qu'il a engagées depuis 2016, l'ancien président, estime-t-il, pourra encore être utile au pays. « Il (Patrice Talon, NDLR) a beaucoup fait et les Béninois voudraient le voir encore », confie-t-il.
Eudoxie, étudiante à l'Université d'Abomey-Calavi, ne voit pas mieux que Patrice Talon pour diriger cette nouvelle institution de la République. « C'est un homme de rigueur qui aime le travail, et surtout, le travail bien fait », soutient-elle. Selon l'étudiante, Patrice Talon, qui a porté la réforme ayant abouti à la création du Sénat, serait la personne la mieux indiquée pour conduire cette première mandature, faire ses preuves et poser des repères pour ceux qui accéderont à cette fonction à l'avenir.
Même appréciation chez Albert, conducteur de taxi-moto. « Tous, nous avons vu la manière dont Patrice Talon a géré le pays ces 10 dernières années. Nous avons vu ce qu'il a fait, ce dont il est capable. Lui confier la présidence d'une institution comme le Sénat, ne fait pas l'ombre d'aucun doute. Tout le monde sait qu'il sera à la hauteur. C'est un homme éclairé qui saura prendre les décisions utiles pour tous », affirme-t-il.
Nombreux sont ceux qui voient en l'ancien président de la République un responsable capable de concilier les différentes forces politiques, d'aplanir les divergences et de rassembler autour d'un idéal commun.
Des réserves !
D'autres se montrent cependant plus prudents et préfèrent attendre de voir concrètement ce que cette nouvelle institution apportera. « Je n'ai pas vraiment d'avis pour le moment. Le Sénat est une nouvelle institution et il faut voir concrètement ce qu'il va apporter. Pour moi, le plus important, ce sont les résultats et l'impact sur la vie des citoyens », estime Nadège Ahouangan, infirmière.
Axel Fambo, community manager, partage cette réserve. « Je pense qu'il faut se demander ce que le Sénat va réellement changer. Si cette institution peut améliorer les lois et contribuer à la stabilité du pays, alors c'est une bonne chose. Mais il faudra qu'elle démontre son utilité », explique-t-il.
Pour Edouard Houenou, technicien en génie civil, la désignation de Patrice Talon constitue plutôt un choix pertinent. « Patrice Talon à la tête du Sénat, c'est un bon choix. Il a dirigé le pays pendant dix ans, donc il connaît bien le fonctionnement de l'État. Son expérience peut être utile au Sénat, surtout pour cette première mandature ». Il ajoute : « J'attends surtout qu'il contribue à l'unité nationale et à la stabilité du pays. Le Sénat doit être une institution au service de tous les Béninois, pas seulement des politiques ».
Max Sodjinou, étudiant, exprime en revanche davantage de réserves. « Personnellement, je me pose des questions. Après avoir été président de la République, le voir encore à la tête d'une institution politique aussi importante peut donner l'impression qu'il reste très présent dans la vie politique du pays. J'aurais peut-être préféré une autre personnalité », dit-il.
La présence de Patrice Talon à la tête du Sénat suscite également des interrogations au sein de la société civile. Le président du Front des Organisations Nationales contre la Corruption (FONAC), Jean-Baptiste Elias, a réagi à l'installation du tout premier bureau du Sénat au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo. Dans une déclaration, il dit ressentir de « l'amertume » face à la composition de cette nouvelle institution. Pour lui, le Bénin était, depuis 1990, cité en exemple pour l'état de droit et l'alternance politique. La composition actuelle du bureau du Sénat l'amène donc à poser une question : « Y-a-t-il état de droit et alternance politique au Bénin ? ».
Jean Baptiste Elias rappelle que le Sénat dispose d'importantes prérogatives, notamment en matière de régulation politique, de droit de veto sur certains textes sensibles et de relecture législative. Or, constate-t-il, plusieurs anciens membres du gouvernement et du Parlement occupent les principaux postes du bureau. « On croyait que ceux qui sont partis laisseront la place à de nouvelles têtes pour qu'on parle réellement de l'alternance. Hélas ! Le président sortant est devenu président avec tous ces pouvoirs, le président sortant de l'Assemblée nationale est devenu vice-président de ce Sénat, le ministre de l'Intérieur sortant est devenu rapporteur, la ministre de la Fonction publique et du Travail est devenue rapporteur suppléante. Y-a-t-il vraiment eu alternance ? », s'interroge-t-il. L'acteur de la société civile poursuit : « Qu'est-ce qui nous arrive en Afrique en général et au Bénin en particulier. Je suis triste, c'est dommage que nous puissions en arriver là ».
M. M.
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